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Technologie et prostitution, un duo infernal pour les femmes


Image tirée du site Paroles de clients (https://prostitueurs.tumblr.com/).

 

Si les nouvelles technologies sont de formidables outils au quotidien, les médias traditionnels soulignent de plus en plus les abus qui peuvent en être fait. Par exemple, la diffusion en direct de la tuerie de Christchurch en Nouvelle-Zélande a soulevé la question de la responsabilité des réseaux sociaux dans la diffusion d’images d’actes de violence. Mais il y a des actes de violence qui ne sont pas perçus comme tels et qui ne sont donc pas médiatisés comme ils le devraient : il s’agit des actes de violences prostitutionnels qui se sont intensifiés et démultipliés à l’aide des nouvelles technologies de l’information et de la communication. Les véritables détenteurs du choix dans la prostitution, les hommes, qu’ils soient du côté de la demande et donc clients-prostitueurs ou du côté de l’offre et donc proxénètes, en profitent pleinement. >>>

 

La demande de prostitution : les (cyber)prostitueurs

 

Du côté de la demande, la technologie joue un rôle essentiel avant, pendant et après l’acte prostitutionnel. Avant, les prostitueurs peuvent consulter des sites spécialisés pour choisir jusqu’au niveau d’épilation de la femme qu’ils vont prostituer.

 

Pendant, les actes prostitutionnels sont filmés et diffusés en ligne où ils deviennent pornographie. La violence dans la prostitution filmée qu’est la pornographie est telle qu’il y a une terminologie spécifique pour certains actes et même diverses sous-catégories. Parmi ces actes on peut citer l’ATM[1], ass-to-mouth, du cul à la bouche en français, où à un rapport anal s’ensuit un rapport oral pour faire ingurgiter à la femme les matières fécales de l’homme. Dans les sous-catégories populaires et donc de masse - il ne s’agit pas de vidéos de niche - on peut rappeler la pornographie de vomi où une femme est contrainte à un rapport oral qui la force à vomir, où on lui fait aspirer ce vomi et le recracher dans un seau présenté tel un trophée au cyber-prostitueur niché bien au chaud derrière son écran.

 

Après, le calvaire continue pour les femmes transformées en marchandises qui sont à nouveau humiliées sur des sites où elles sont évaluées pour leur soi-disant performance. Certains s’y plaignent des pleurs de filles, et non pas de femmes, qui ont l’air de se demander ce qu’elles peuvent bien faire là.  

 

L’offre de prostitution : les proxénètes

 

Du côté de l’offre, des applications mobiles populaires parmi les adolescentes comme Snapchat sont une aubaine pour les recruteurs proxénètes. Des sites de petites annonces comme Backpage aux Etats-Unis et Vivastreet en France pullulaient d’annonces de prostitution jusqu’à leur fermeture l’année dernière. Sur Backpage, le nombre d’annonces pour prostitution de mineures était tel que les dirigeants du site avaient arbitrairement décidé de limiter à cinq cent le nombre de signalements faits aux autorités compétentes. Le reste était donc publié, parfois avec des corrections de la direction pour plus de discrétion.

Il n’y a pas que la technologie qui vient au service de la prostitution, il y a également l’industrie de la prostitution qui travaille au service des nouvelles technologies, ce qui est peut-être plus difficile à admettre. Nous pouvons remercier l’industrie de la prostitution filmée pour les services de streaming qui nous permettent aujourd’hui de dévorer des heures de séries : ce cadeau nous a été fait par les producteurs de pornographie qui ont adopté en premier cette innovation qui s’est par la suite largement diffusée. De la même manière les avancées dans la robotique aujourd’hui se font en partie grâce aux investissements dans le segment des robots masturbatoires.

 

Dire non : les géants d’internet face à leur responsabilité

 

Face à l’ampleur de la cyber-prostitution, il est facile de se sentir désemparée, d’autant plus qu’on nous dit, comme on nous l’avait dit avant le passage de la loi abolitionniste de 2016 sur la prostitution que ces hommes, soient-ils développeurs à la Silicon Valley ou prostitueurs du dimanche sont incontrôlés et incontrôlables.

 

Pour vérifier la véracité de cette affirmation, il suffit de se poser des questions toutes simples. Pourquoi y’a-t-il plus d’annonces de prostitution sur Twitter que sur Facebook alors que les concepts de ces deux réseaux ne sont pas fondamentalement différents ? Y’a t-il une certaine volonté des développeurs d’orienter leur site d’une certaine manière plutôt qu’une autre ? Pourquoi les nombreux consommateurs de pornographie ne reçoivent pas de publicité ciblée alors que n’importe quel autre utilisateur d’un site marchand en reçoit des dizaines ? Y’aurait-il la possibilité de bloquer certains contenus ? Et surtout, quel est le profit que génèrent l’hébergement et la facilitation de l’activité prostitutionnelle, en sachant la part importante des recherches pornographiques sur l’ensemble de l’activité d’un moteur de recherche comme Google ? Derrière l’argumentaire fallacieux de la liberté sexuelle (de qui ?) et d’expression (de quoi ?) n’y a-t-il pas avant tout un avantage financier ?

 

Yagmur Uygarkizi pour la Fondation Scelles



[1] ATM en anglais est l’acronyme de « automated teller machine », un distributeur de billets : on insère sa carte et on récupère son argent.

 

 

 

La Fondation Scelles dans la presse

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